Les troubles croissants deviennent un test de la manière dont des entreprises dont le siège est en Afrique du Sud, comme MTN, avec une forte implantation en Afrique.Les troubles croissants deviennent un test de la manière dont des entreprises dont le siège est en Afrique du Sud, comme MTN, avec une forte implantation en Afrique.

Le problème migratoire en Afrique du Sud devient un enjeu commercial pour MTN

2026/06/18 17:55
Temps de lecture : 5 min
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À l'approche de la date limite du 30 juin fixée pour que les migrants en situation irrégulière quittent l'Afrique du Sud, le géant des télécommunications MTN a déclaré qu'il apportait son soutien aux efforts de résolution de la crise.

Le géant des télécommunications dont le siège est à Johannesburg a confié à TechCabal mercredi qu'il surveillait de près l'évolution de la situation à travers l'Afrique du Sud et a appelé au calme. 

« Sur l'ensemble de nos marchés, MTN suit les développements liés aux défis migratoires en cours. Comme toujours, la sécurité des personnes et des biens est primordiale », a-t-il précisé dans une réponse envoyée par e-mail.

Les tensions sont montées depuis que March and March, un mouvement anti-immigration et groupe d'activistes, a pris la loi en main et ordonné aux migrants en situation irrégulière de quitter l'Afrique du Sud avant le 30 juin.

Les troubles croissants constituent un véritable test pour les entreprises dont le siège est en Afrique du Sud, comme MTN, qui ont une forte présence sur le continent africain, face aux tensions diplomatiques croissantes, à la colère publique et au regard de plus en plus scrutateur des autres nations africaines où elles génèrent une partie de leurs revenus.

Pour MTN, dont une part substantielle des bénéfices provient de plus en plus du Nigeria et du Ghana, la crise met en lumière une contradiction difficile. Comment une entreprise fondée sur l'intégration panafricaine réagit-elle lorsque son pays d'origine est accusé d'hostilité envers d'autres Africains ?

Cette préoccupation est désormais exprimée par le milieu des affaires sud-africain lui-même. Dans un communiqué conjoint publié le 5 juin, Business Unity South Africa (BUSA) et Business Leadership South Africa (BLSA) ont averti que l'hostilité envers les ressortissants étrangers nuit directement aux intérêts économiques de l'Afrique du Sud. BUSA et BLSA sont les deux organisations patronales influentes d'Afrique du Sud, représentant nombre des plus grandes entreprises et dirigeants d'affaires du pays.

« Nous appelons fermement à des mesures rapides pour garantir le retour à l'état de droit. Nous croyons également fermement que l'Afrique du Sud a besoin d'un leadership fort et stable de la part du gouvernement pour guider l'immigration, l'application du droit du travail et la cohésion sociale. Une gouvernance claire et sereine rassurera les communautés et les parties prenantes sur le fait que leurs préoccupations sont traitées efficacement », pouvait-on lire en partie dans la réponse transmise à TechCabal.

Les organisations ont noté que les entreprises sud-africaines opèrent à travers le continent, tandis que des entreprises d'autres pays africains investissent et créent des emplois en Afrique du Sud, faisant de l'intégration continentale « le moteur de notre succès collectif ». Elles ont également appelé à des « solutions africaines calmes et co-construites » fondées sur l'état de droit et les droits de l'homme.

Le bilan humain de la crise est le plus visible au Sherwood Park de Durban, où environ 10 000 migrants africains, principalement des Malawiens, se sont rassemblés dans des camps de fortune après avoir fui des communautés où ils craignaient des attaques liées aux manifestations anti-immigrés. Beaucoup ont abandonné leurs maisons, leurs emplois et leurs entreprises parce qu'ils ne se sentaient plus en sécurité.

Une partie des quelque 10 000 migrants qui ont fui leurs domiciles pour s'installer au Sherwood Park de Durban. Source de l'image : Independent Online.

Le camp est devenu le symbole du désespoir croissant des migrants à l'approche de la date limite du 30 juin, avec des familles qui dorment à la belle étoile en attendant une aide au rapatriement.

Le Zimbabwe a annoncé avoir déjà aidé 696 citoyens à rentrer chez eux depuis le début du mois de juin, tandis que le Malawi a commencé à transporter des milliers de ses ressortissants de l'autre côté de la frontière. Le Nigeria et le Ghana ont également rapatrié leurs citoyens d'Afrique du Sud.

Un livreur malawien basé à Johannesburg pour le géant du commerce en ligne Takealot, qui a demandé à ne pas être nommé en raison de la sensibilité de la question, a exprimé sa profonde inquiétude pour ses compatriotes qui dorment sous des tentes à Sherwood pendant le rude hiver sud-africain. 

« Rentrer au pays n'est plus une décision économique, mais une mesure de sécurité dictée par la crainte pour leur vie.  Ce qui est encore plus effrayant, c'est que le groupe March and March cible désormais ceux qui possèdent des permis valides », a confié la source à TechCabal lundi.

La pression exercée sur l'Afrique du Sud est déjà visible. Le 11 juin, des manifestants du mouvement « South Africa Must Go » ont marché vers le siège de MTN Ghana à Accra, accusant l'Afrique du Sud de maltraiter les migrants africains. Ces manifestations sont survenues dans un contexte d'indignation croissante au Ghana et au Nigeria face aux rapports faisant état de harcèlement, de déplacements forcés et d'attaques contre des ressortissants étrangers en Afrique du Sud.

Dans un contexte de tensions régionales croissantes, MTN a déclaré s'être aligné sur l'appel de BUSA et BLSA à la retenue et au respect de l'état de droit.

« En tant qu'organisation fièrement africaine qui emploie 15 000 personnes représentant 74 nationalités et ethnies, MTN estime qu'un dialogue constructif est essentiel pour façonner un continent plus inclusif, plus connecté et plus prospère », a souligné la société dans sa réponse à TechCabal.

Elle a également promis de soutenir les Dialogues de la Série Hivernale de la Fondation Kgalema Motlanthe sur la migration, en faisant valoir qu'un « dialogue constructif et inclusif » est nécessaire pour faire face aux défis migratoires complexes à travers l'Afrique.

Par ailleurs, le président et directeur général du Groupe MTN,  Ralph Mupita, a publiquement présenté la question comme une menace pour l'agenda d'intégration de l'Afrique. 

« L'avenir de l'Afrique dépend d'une plus grande solidarité sociale, d'une intégration économique accrue et du respect de l'état de droit. MTN, en tant qu'entreprise panafricaine, soutient un dialogue constructif et inclusif sur ces questions complexes », a écrit Mupita dans un post LinkedIn le 14 juin.

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